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Philosophie du voyage Ural – Troisième partie

Hubert Kriegel Hubert Kriegel

 

L’inconnu ou la barrière de l’incertitude

L’expérience en fait preuve : la peur de l’inconnu disparaît lorsqu’elle se confronte à ce qui la provoque, de la même manière que le fait, pour nous motards, de démonter une pièce mécanique et voir comment elle est faite nous libère de la crainte qu’elle nous inspirait. Vaincre cette peur conduit au sentiment d’une conquête sur soi-même et rend plus fort. Si ce n’était le cas, pourquoi trouvons-nous tant d’ouvrages et de récits de voyages sur les rayons des libraires comme autant de preuves de cette métamorphose que leurs auteurs s’administrent à eux-mêmes en les écrivant ? Observons une particularité : cette peur est tellement liée à notre imaginaire qu’il suffit d’avoir tourné le coin de la rue pour qu’elle disparaisse, tout comme disparaît le trac de l’acteur à l’instant où il pose le pied sur la scène. Ici cependant, point de texte appris par coeur, la pièce va se jouer avec une nouvelle donnée de la notion d’inconnu : les Autres, laquelle va se multiplier à la mesure des rencontres et de notre découverte du genre humain.
Il y a donc la question de la rencontre avec l’Autre.
Lever la peur de l’autre c’est lever le doute irrationnel qu’insinue en nous la vie de tous les jours au contact des masses : foule des super-marchés affairée et indifférente, foule des encombrements, des files où chacun campe à la lisière de ses droits, mais aussi masse d’opérations médiatiques visant au sensationnel, inquiétantes, agressives, impersonnelles auxquelles nous ne pouvons échapper et au final donnant de l’autre, l’étranger, presque toujours, une image hostile.

 Pourquoi me suis-je tant laissé abuser,

se répète celui qui a vaincu ses craintes et revient du voyage. Quelle belle image que celle que nous donnent les hommes lorsque l’on converse avec eux d’un à un, de visage à visage !

A cela une réponse : la clairvoyance. Qu’elle soit naturelle ou apprise elle est aujourd’hui une urgence. Comprendre la réalité comme étant au service du rêve et celle du rêve au service de la réalité, ainsi que nous l’enseigne Gaston Bachelard, est l’une des voies les plus belles pour aller vers notre but.
Parce qu’elle est soumise à l’influence d’apports extérieurs contraires à notre épanouissement notre idée de l’équilibre (du bonheur) prend la forme d’une soumission inconsciente à leur commandement, tout en nous déniant le droit à la découverte de nos forces intérieures, celles précisément dont le ressort est propre à l’affirmation de notre indépendance d’esprit et à notre ouverture aux autres. Dans ces conditions la clairvoyance n’est-elle pas de faire notre propre usage du monde tel qu’il est en sachant qu’il dissimule sous le clinquant comme sous les contraintes, les valeurs qui nous fondent ? En sachant aussi bien faire lot égal et conscient de la richesse des hommes et de leurs imperfections ? C’est donc tout aussi bien de notre place dans le monde qu’il s’agit lorsque nous abordons la question de de notre jeu dans la grande mécanique humaine.

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