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Philosophie du voyage Ural – Quatrième partie

Ce qui apparaît alors de manière de plus en plus évidente, est la notion de soi comme sujet principal de l’aventure. Le sentiment de solitude face à soi-même : voici un immense gisement d’autres sujets de crainte dans la perspective du grand voyage !

S’il existe une solitude où le solitaire est un abandonné, il en existe une où il n’est solitaire que parce que les hommes ne l’ont pas encore rejoint.

Cette phrase d’André Malraux est sans doute la meilleure définition de ce que nous pourrions appeler la solitude humaniste. Elle nous propose un regard sur le rapport à soi qu’éclaire une vaste largeur de conscience, à la dimension éminemment inspiratrice pour le candidat au départ.
Mais alors le soi, ce compagnon de voyage que nous ne connaîtrons sans doute jamais vraiment, pourrait-il être notre ennemi ? C’est là une question centrale tant nous pouvons parfois ressentir comme redoutable la rencontre avec nous-même. Est-ce au point de rendre irréalisable l’idée même de prendre le départ ? Ce n’est pas impossible après tout. D’aucuns cependant, s’ils prennent leur route en se sentant assurés de posséder une bonne connaissance d’eux-mêmes, n’en reviennent pas moins renforcés par le constat que sans doute il leur restait encore beaucoup à découvrir. Ayons la modestie d’admettre qu’une telle recherche est de nature inépuisable et qu’elle n’avancera le plus souvent qu’indirectement à la faveur de la découverte de cet autrui dont nous venons de parler. Entre alors en scène l’évidence que notre Ural se montrera toujours le meilleur vecteur de désinhibition quels que soient les pays ou les circonstances. La rencontre de soi devient alors possible parce qu’elle se déroule à l’abri d’une conception relationnelle apaisée telle qu’y conduit le choix que nous avons fait de notre monture.
Avançons donc l’idée que rouler en lien harmonieux avec soi ne découle pas d’une façon d’être particulière dont quelques-uns seulement auraient l’inné privilège, mais bien plutôt le résultat d’un état de conscience, celle de l’appartenance à une universalité.

 

En effet, à l’opposé de la moto solo, dont le gabarit et le rapport de puissance amènent le pilote à vivre le plus souvent la route comme la nécessité de se lancer dans une suite de sauts d’obstacles sans fin vis à vis les autres usagers (et, notons-le, les en isole), le side-car Ural, par sa nature, écarte tout besoin agressif et propose à l’inverse le prolongement du lien avec les autres, dont la route se fait alors la continuatrice. Rouler seul en Ural n’est pas rouler seul, c’est rouler soi parmi les autres. Voici, alors, que nous entrons dans le monde du voyage selon Hubert Kriegel, cet aventurier sans frontières aux liens universels, mais voici également que tout autant, du même coup nous pouvons aisément comprendre la disparition de l’idée de distance, l’éloignement géographique important peu, là encore, dans le domaine dont nous parlons.

Suite et fin…

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